Billet Nature Mickaël – Le Trayeur de chèvres estival

Chaque été, au moment où les cigales baissent enfin le volume, un autre chanteur prend le relais. Son concert est assez particulier : imaginez le bruit d'un vieux scooter qui refuse de démarrer... ou d'une débroussailleuse qui tourne au ralenti au fond de la forêt. Ce long ronronnement continu résonne dans la pénombre et semble venir de partout à la fois. Beaucoup de promeneurs cherchent un insecte géant ou une machine oubliée dans les bois. Pourtant, son auteur est... un oiseau.  

Cet étrange chanteur est l'Engoulevent d'Europe (Caprimulgus europaeus), un discret habitant de nos forêts méditerranéennes. Son plumage brun, gris et noir lui permet de se confondre parfaitement avec les feuilles mortes ou l'écorce des pins. 

Il passe ainsi ses journées immobile au sol ou posé dans le sens de la longueur sur une branche. Même à quelques mètres de lui, il est souvent impossible de le repérer.

Son chant, que l'on entend principalement entre mai et août, est produit uniquement par le mâle. Ce ronronnement continu peut durer plusieurs minutes sans interruption. Il lui sert à défendre son territoire et à attirer une femelle. Lorsque deux mâles se rencontrent, ils peuvent même effectuer de spectaculaires poursuites aériennes au crépuscule.

L'engoulevent possède une autre particularité étonnante : il chasse exclusivement les insectes en plein vol. Son immense bouche, entourée de longues soies rigides qui fonctionnent comme un filet, lui permet d'attraper papillons de nuit, moustiques, hannetons ou encore coléoptères.


C ontrairement à ce que son nom pourrait laisser croire, il n'a jamais bu le lait des chèvres ! Cette croyance, héritée de l'Antiquité, est à l'origine de son nom scientifique Caprimulgus, qui signifie littéralement « trayeur de chèvres ». Les bergers l'observaient voler autour des troupeaux au crépuscule. En réalité, il venait simplement capturer les nombreux insectes attirés par les animaux.

Autre fait surprenant : l'engoulevent ne construit pratiquement pas de nid. La femelle dépose directement deux œufs sur le sol, parmi les feuilles mortes ou les aiguilles de pin. 

Grâce au camouflage exceptionnel des œufs, des poussins et des adultes, toute la petite famille devient presque invisible. Une stratégie efficace... à condition que chacun reste sur les sentiers !

Alors, lors de vos prochaines balades estivales, si vous entendez ce mystérieux moteur tourner dans la forêt alors qu'aucune route n'est à proximité, prenez le temps de lever les yeux. Avec un peu de chance, vous apercevrez une silhouette aux longues ailes silencieuses traverser le ciel du crépuscule. Vous venez peut-être de rencontrer l'un des oiseaux les plus mystérieux de nos nuits d'été.

Sources :

  • LPO France – Fiche espèce : Engoulevent d'Europe
  • Muséum national d'Histoire naturelle (INPN)
  • Ouest France – Article Septembre 2024 - Patrick Camus et Christian Fontaine - L’engoulevent d’Europe, un oiseau méconnu, mystérieux et source de légendes