Billet Nature Amy – Les histoires que nous chuchote le vent
Début octobre, je suis partie en vadrouille loin du Vallon, sur la Côte d’Azur. J’ai randonné sur un magnifique sentier sur le littoral où on grimpe sur des rochers acérés et brunâtres pour passer d’une calanque époustouflante de beauté à une autre sous un ciel céruléen. Ça m’a bien changé des collines provençales. Ce qui m’a marqué sur la côte, c’est le vent. Ce vent qui parle avec la mer, les nuages et les rochers en façonnant des écosystèmes et dont le résultat de leurs conversations est ce merveilleux spectacle dont j’ai la chance de témoigner. Je m’interroge sur les manières dont le vent et le Vallon pourraient se parler au Loubatas et je me rends compte à quel point je ne le connais pas si bien le vent. Je me dis que cet automne sera un bon moment pour partir à sa rencontre dans le vallon.
C’est quoi au juste le vent ? Il s’agit d’un phénomène météorologique incarné par mouvement horizontal de l’air à la surface de la terre. Le déplacement de l’air se fait de zones de haute pression, appelées anticyclones, vers des zones de basse pression, appelées dépressions. A cela s’ajoute également ce qu’on appelle la force de Coriolis qui est lié au fait que la terre tourne sur elle même. Dans notre hémisphère, le vent couplée avec la force de Coriolis entraînent les éléments, dont l’air vers la droite, et fait que l’air ne se déplace pas directement des anticyclones aux dépressions mais plutôt d’une surface d’égale pression atmosphérique, appelées isobares, vers une autre. Le résultat ? Dans l’hémisphère Nord, le vent se déplace dans les sens des aiguilles d’une montre autour d’un anticyclone et le sens inverse autour d’une dépression. Encore une fois, je me rends compte à quel point notre planète est absolument complexe et magique !

Mais revenons à notre Vallon bien-aimé et aux dialogues qu’il entretient avec les différents éléments dont le vent. En parcourant le sentier de découverte, on peut observer plusieurs troncs de pin d’Alep qui jonchent le chemin. Je m’assois sur un de ces troncs de pin et je demande à la forêt de me laisser participer aux conversations secrètes qui régissent les cycles de la vie du Vallon auquel j’appartiens.

Comme toujours, la forêt accepte ma demande. Elle me murmure à quel point le Mistral à toute sa place ici dans le Vallon, qu’il a un rôle que lui seul peut jouer dans la grande danse de la vie de la forêt et du vivant. Les pins poussent haut et vite, beaucoup plus vite que les pistachiers térébinthe, plus rapidement encore que les chênes pubescent, vert et kermesse et à la vitesse de la lumière comparé aux genévriers cade et commun. Les pins d’Alep ont hâte de rejoindre la canopée de la forêt car c’est une espèce héliophile : hélio- pour le dieu grec du soleil (Hélios) et phila- pour le mot grec qui veut dire amour. Régi par cet amour, ils poussent à leur rythme jusqu’à devenir très grands, les géants de la forêt provençale, et sous leurs canopées étoffées ils créent de l’ombre et les conditions idéales de croissance pour les autres arbres qui, eux, quand ils sont plus petits, craignent le fort soleil de l’été. Les pins les protègent et à leur tour, ils prennent soin des pins.

Le chêne pubescent par exemple est un arbre décidus, il perd donc ses feuilles chaque année, des feuilles qui tomberont sur la litière de la forêt et seront décomposées par d’innombrables bactéries, champignons et petites bêtes. De ce travail de décomposition naîtra une terre riche, appelé humus, qui apportera aux pins tout ce qu’il leur faut pour poursuivre leur course jusqu’à la lumière du soleil. Les pins ont une espérance de vie plus courte que d’autres espèces de la forêt, un système racinaire peu profond et en vieillissant comme tous les êtres vivants, ils deviennent plus vulnérables. Certains seront renversés par le puissant mistral et viendront très rapidement retrouver la litière forestière qu’ils vont protéger, ils seront à leur tour dévorés en partie par des champignons et des espèces xylophages de la litière forestière, créeront des habitats pour d’autres espèces d’animaux comme les scorpions, les reptiles ou les amphibiens par exemple, et ouvriront des corridors de protection pour les petits rongeurs qui cherchent à se cacher des rapaces nocturnes comme la chouette hulotte. L’absence des pins se fait juste au bon moment lorsque les autres arbres sont assez grands pour faire face au soleil de l’été. Ils connaîtront après la mort des pins une grande phase de croissance car ils auront plus d’accès au soleil à court-terme et la décomposition du pin viendra créer un humus riche qui les nourrira à plus long-terme.
Je respire profondément et je repense à tout ce que je viens de comprendre. Comment ne pas être émerveillée par autant beauté, de complexité et d’interdépendance ? Chacun-e une place indispensable, un rôle essentiel au bon fonctionnement du tout et un don absolument unique au service de la vie. Ce que la forêt vient de me partager n’est qu’une petite histoire de la vie du Mistral ici dans notre vallon. Mais saviez-vous qu’il fait partie d’un grand courant terrestre qui naît au large d’un archipel prés du cercle polaire et qu’il vient s’essouffler quelque part dans la méditerranée orientale ? Saviez-vous aussi que l’arc méditerranéen est parcouru par pas moins de 180 vents : le mistral bien sûr mais aussi le marin, le sirocco, la tramontane, la bise, le levant, le burle, le soulèdre... pour n’en nommer que quelques uns ? Imaginez toutes les histoires qu’ils ont à nous raconter. Je ne vais pas m’ennuyer cet automne ! Et vous ? Prêt-e à me rejoindre dans cette quête des histoires des vents méridionaux ?

Pou aller plus loin : allez dehors par temps de vent. Sentez le vent sur votre visage, votre corps et balayer sauvagement vos cheveux. Regardez ce qu’il fait autour de vous, l’effet qu’il a sur le paysage, les animaux et votre état d’âme. Vigilance toutefois ! Ne vous aventurez jamais en forêt par temps de grand vent car vous pourrez vous retrouver sous un pin justement à participer d’un peu trop prés à l’enrichissement de la litière forestière. Au coin du poêle, vous pouvez également consulter Vents du Sud : Guide des Maîtres du Ciel Méridionaux d’Honorin VICTOIRE aux Éditions Edisud.
Découvrez tous nos autres billets Nature pour en apprendre davantage sur la forêt provençale via le lien ci-dessous.
Sources :
-
https://seos-project.eu/world-of-images/world-of-images-c01-p19.fr.html
- https://tempspalamos.blogspot.com/2011/11/un-altre-dia-passat-per-aigua.html